Biographie de Satyajit Ray

Le cinéma indien vieux de trois quarts de siècle est marqué par deux périodes de succès remarquables quand les standards furent établis par les réalisateurs tant dans le domaine technique que dans les domaines de l’expression artistique. Ces périodes furent la décennie précédant la Seconde Guerre mondiale et la période postindépendante.

Dans ses premières années, le cinéma en Inde fut sous l’influence dominante du théâtre parsi ; l’importance était donnée aux légendes, aux histoires romantiques, à la bravoure, à l’aventure et à la fantaisie. Ce n’est que dans les années trente que les films commençaient à être reconnus non pas seulement en tant que distraction, mais aussi comme moyen efficace de montrer les changements sociaux qui avaient lieu en Inde. Le cinéma s’est alors créé une place dans la société et fut considéré comme appartenant au domaine artistique par l’intelligentsia. Il fut élevé de son niveau théâtral traditionnel (Nautile) au rang d’oeuvre d’art et considéré comme respectable.

Les années de conflit (1942-45) furent une période stérile pour le cinéma ainsi que l’après-guerre qui fut le témoin de changements politiques avec le mouvement pour l’indépendance de l’Inde (1947).
Après l’indépendance, le pays était en quête d’identité ce qui permit de donner une impulsion au domaine créatif — artisanat, musique, danses et aussi le cinéma.

La fin des années quarante jusqu’au début des années soixante vit le cinéma indien grandir et prospérer. C’est aussi durant cette période qu’il reçut la reconnaissance internationale en recevant des récompenses à Cannes, Berlin et à Karaoké Gary. Dans le même temps, le gouvernement indien renforça son aide en instituant des récompenses nationales pour les films remarquables ; un Département de censure, maintenant connu sous le nom de Central Board of Film Certification, établie en 1951, et des festivals internationaux furent organisés dans les principales villes.

Les honneurs retombèrent sur la jeune génération de réalisateurs — Satyajit Ray, Râj Kapoûr, Ritwik Ghatak, Khwâjâ Ahmed Abbas pour avoir mené l’Inde sur la scène internationale.
Le réalisme social d’Abbas marqua les metteurs en scènes français, et Satyajit Ray pouvait tenir tête à l’industrie cinématographique n’importe où dans le monde.

Pather-Panchali

Pather Panchali ou La Complainte du sentier

Pather Panchali Vidéo fidjie sélectionnée dans Cinéma

Satyajit Ray fut sans conteste, l’un des seuls réalisateurs à contribuer à la renommée du cinéma indien à l’étranger. Il obtint le respect et l’admiration des maîtres du cinéma et appartint des jurys dans les festivals mondiaux.
Sa première production fut « Pather Panchali » (La Complainte du sentier) en 1956 dont il a réalisé le scénario à bord du bateau le ramenant de Londres, fut acclamé au Festival de Cannes comme une totale réussite. C’était du pur cinéma, montrant avec réalisme la pauvreté et la superstition, son implication avec ces gens simples, les caractères de son film laissaient une impression inoubliable. Il communiquait par les images seules. Les dialogues étaient peu utilisés et la musique, écrite par Ravi Shankar, servait à mettre les sentiments en relief par le biais de contrastes et de contrepoints.

Satyajit-Ray-in-1932

Satyajit Ray en 1932

Durant son enfance, Ray a grandi dans le milieu orthodoxe du Mouvement de réforme sociale (Bramho Shamaj), ce qui ne l’a pas empêché de mener une vie plus au moins indépendante.
Il s’est intéressé au cinéma dès l’âge de six ans. À cette époque, il confia à sa cousine Ruby : « Je deviendrai metteur en scène et pour mieux apprendre le métier, j’irai en Allemagne d’où je rentrerai qualifié ! »  C’est le hasard qui a fait de lui un cinéaste.

Son grand-père, Oupendrakishore Roychaudhoury et son père Shoukoumar Ray furent les promoteurs du Bramho Shamaj et croyaient fermement aux idéaux de ce mouvement. Jusqu’à sa mort, Satyajit Ray a suivi, dans une certaine mesure, les préceptes sévères de ce courant. Oupen-drakishore et Shoukoumar étaient des musiciens talentueux. Le premier était aussi un auteur réputé de livres pour la jeunesse, imprimés par un équipement de sa conception. Son fils Shoukoumar suivit le même chemin : aujourd’hui encore, certains de ses ouvrages sont restés populaires au Bengale. Par contre, Satyajit garde un vague souvenir de son père, car il l’a perdu à l’âge de deux ans et demi.

Ray décrivait ainsi son enfance : « Je suis né dans une maison sise rue Gorpora, dans la partie nord de Calcutta. Nous sommes restés là jusqu’à ce que j’ai eu cinq ans. L’imprimerie de mon grand-père était située là-bas. J’ai vécu dans cette maison avec ma mère et d’autres parents. Je montais sur le toit pour faire voler les cerfs-volants ; je jouais aussi à cache-cache avec mes cousins. J’étais enfant unique, mais je n’ai jamais manqué de camarades de jeu. Nous inventions pas mal de jeux intéressants.

De la rue Gorpara, nous sommes allés à Bhowavipore, dans la partie centrale de Calcutta. Ce qui me fascina dans la nouvelle maison, c’était le parquet en mosaïque de faïence et la véranda donnant sur la rue d’où l’on pouvait observer les gens qui passaient. Je me souvins d’une visite au cinéma avec l’un de mes oncles. Le film qu’on projetait était “la cabane de l’oncle Tom”. J’ai versé de chaudes larmes devant l’esprit de Tom et à la mort d’Eva.

Lorsque j’avais dix ans, je suis allé à Shantiniketane avec ma mère. On m’a amené à la résidence de Rabindranath Tagore. Je présentais à sa signature mon carnet d’autographes tout neuf. C’est lors de cette visite à Shantiniketane que j’ai eu l’occasion d’assister à une lutte de judo par Takagaki, judoka renommé du Japon. J’étais totalement fasciné. Je me souviens de plusieurs de mes maîtres au lycée du gouvernement à Ballygounje, et de mes camarades de classe. Un aussi un bon souvenir de notre enchantement pour le concours de toupies ! Il est difficile de récapituler toutes ces années. »

Satyajit-Ray-at-Shantiniketan

Satyajit Ray à Shantiniketan

C’est grâce à sa mère, Shouprabha Devi, que Ray a pu cultiver une personnalité indépendante dès son enfance. Après son baccalauréat, il étudia les beaux-arts à Shantiniketane, à la Faculté des arts dite Kalabhavane. Il y resta deux années considérées parmi les plus riches de sa vie : «J’ai connu des maîtres remarquables, comme Nandalal Bose et Binode Bihari Moukhopadhyay. Je crois que la proximité de Tagore m’a également donné un grand essor. J’ai appris beaucoup de choses sur l’art indien et notre riche patrimoine. Et j’ai pu utiliser toute cette connaissance dans ma carrière dans la publicité. Même plus tard, lorsque j’ai commencé à tourner des films, ce savoir m’a été utile.»

Dans ses films, il montrait l’état d’esprit de Calcutta et de ses habitants, ce qui fit de lui un de la société bengalie. Au Bengale, Satyajit Ray est connu aussi comme l’un des auteurs préférés des livres pour enfants. Il refit naître de ses cendres Shandesh, le magazine pour jeunes fondé par son père. Il y consacrait une grande partie de ses loisirs à écrire des textes, à les illustrer. Il a également traduit en bengali les ouvrages d’Edward Lear et de Lewis Caroll. Son Encyclopédie internationale de science-fiction, préfacée par Isaac Azimov, l’inscrit comme l’un des deux seuls écrivains indiens dans ce domaine, l’autre étant Shridar Rao. Les facettes multiples du grand maître fusionnent dans ses créations.

Dessin de Satyajit Ray

Dessin de Satyajit Ray

Satyajit Ray a débuté sa carrière dans l’agence de publicité D.J. Keymer, à Calcutta. C’est à cette période qu’il commençait ardemment à désirer de tourner un film.
Son apport dans la publicité est considérable ; ses études des Beaux-arts lui ont permis d’introduire des changements radicaux dans des concepts variés du design, de l’illustration et même de la typographie. À cet égard, il réalisa pour une firme américaine deux nouveaux styles de caractères d’imprimerie, le Ray romain et le Ray bizarre. Il concevait lui-même les affiches et une grande partie du matériel publicitaire de ses films.

Satyajit Ray avait un regard surnaturel pour la scène et pour les gens. Il composait ses propres prises de vues avec virtuosité, ce qu’il partageait avec très peu de réalisateurs dans toute l’histoire du cinéma.
Le secret de son pouvoir résidait dans la facilité avec laquelle il pouvait se mettre dans la peau des personnages — dans le regard, une toquade, le tremblement des doigts, l’ombre qui descend sur le visage, un sourire en coin, un silence plus pénétrant que des pleurs.

Il réalisa ses films presque entièrement à l’extérieur avec des personnes qui n’avaient jamais fait face à la caméra et qui pourtant jouaient naturellement.
Satyajit Ray considérait le cinéma avec beaucoup d’égard en tant qu’art et décida de fonder un club cinématographique. C’est ainsi que débuta Le « Calcutta Film Society ». Il discuta de cinéma avec Jean Renoir, Pudovkin, John Huston et ce qui l’a poussé à aller plus loin dans ses activités. Il a transformé le cinéma et le résultat de son travail lui a apporté un regain d’inspiration pour réaliser de meilleurs films.

Ray trouvait les personnages féminins plus intéressants. Il croyait qu’il existait une force cachée au plus profond d’elles-mêmes qu’on ne trouvait pas chez les hommes. La plupart de ses films furent dominés par des femmes. Celui-ci basait ses scriptes sur les histoires écrites par Rabindranath Tagore qui étaient très littéraires. Les personnages féminins qu’il montrait dans ses films avaient une grande force de caractère et venaient de sa propre imagination et non basés sur la création d’autres personnes. Le facteur dominant de sa réussite fut les acteurs avec leurs relations humaines. En dehors de ce fait, il était attiré par la structure, les contrastes, les rythmes, qui étaient pour lui un compartiment de l’art. Il ressentit aussi que l’élément du râs (comportement esthétique) — le concept du nava râs — faisait partie intégrante de l’âme indienne avec toute l’importance que cela supposait.
Dans son ouvrage sur le cinéma contemporain, Pénélope Houston écrivit : « Alors que le néo-réalisme avait épuisé sa force, Ray est venu recharger les batteries du cinéma humaniste. Mais si « Pather Panchali » a été une description directe, ses créations ultérieures ont été beaucoup plus complexes ».

Qu’il tournait un film, qu’il écrivait, qu’il peignait ou qu’il composait de la musique, Ray avait toujours gardé son approche humaniste. Telle était la mesure de sa personnalité éminente et de son message au monde.
Satyajit Ray est mort à l’âge de 71 ans le 23 avril 1992 à l’hôpital Bellevue de Calcutta d’une crise cardiaque. Il venait de recevoir un oscar pour l’ensemble de son œuvre.

Satyajit Ray Receives Oscar

 

Shyam Benegal on Satyajit Ray

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Filmographie de Satyajit Ray

Films dirigés par Satyajit Ray Films avec la contribution de Satyajit Ray Documentaires et programmes TV sur Satyajit Ray

  • 1955 : Pather Panchali (La Complainte du sentier) – Réalisation, Scénario 1re partie de la Trilogie d’Apou
  • 1956 : Aparajito (L’Invaincu) – Réalisation, Scénario 2e partie de la Trilogie d’Apou
  • 1958 : Parash Pathar (La Pierre philosophale) – Réalisation
  • 1958 : Jalsaghar (Le Salon de musique) – Réalisation, Scénario original
  • 1959 : Apur Sansar (Le Monde d’Apou) – Réalisation, Scénario 3e partie de la Trilogie d’Apou
  • 1960 : Devi (La Déesse) – Réalisation, Scénario original
  • 1961 : Teen Kanya (Trois filles) – Réalisation, Scénario D’après 3 nouvelles de R.Tagore
  • 1961 : Rabindranath Tagore – Réalisation, Documentaire
  • 1962 : Kanchenjungha – Réalisation, Scénario
  • 1962 : Abhijan (L’Expédition) – Réalisation, Scénario
  • 1963 : Mahanagar (La Grande ville) – Réalisation, Scénario original
  • 1964 : Charulata – Réalisation, Scénario, D’après une nouvelle de R.Tagore
  • 1964 : Two – Réalisation, Court-métrage
  • 1965 : Kapurush (Le Lâche) – Réalisation, Scénario original
  • 1966 : Mahapurush (Le Saint) – Réalisation
  • 1966 : Nayak (Le Héros) – Réalisation, Scénario, Musique
  • 1967 : Chiriyakhana (Le Zoo) – Réalisation, Musique
  • 1968 : Goopy Gyne Bagha Byne (Les Aventures de Goopy et Bhaga) – Réalisation, Scénario, Musique, D’après un conte écrit par son grand-père
  • 1969 : Aranyer Din Ratri (Des Jours et des nuits dans la forêt) – Réalisation, Scnéario, Musique
  • 1970 : Pratidwandi (L’Adversaire) – Réalisation, Scénario, Musique, 1er volet de la Trilogie de Calcutta
  • 1971 : Seemabaddha – Réalisation, 2e volet de la Trilogie de Calcutta
  • 1971 : Sikkim – Réalisation, Documentaire
  • 1972 : The Inner Eye – Réalisation, Musique, Documentaire sur le peintre Binode Bihari Mukherjee
  • 1973 : Asani Sanket (Tonnerres lointains) – Réalisation, Scénario, Musique
  • 1974 : Sonar Kella (La Forteresse d’Or) – Réalisation, Scénario
  • 1975 : Jana Aranya – Réalisation, Scénario, 3e volet de la Trilogie de Calcutta
  • 1976 : Bala – Réalisation
  • 1977 : Shantranj Ke Khilari (Le Joueur d’échecs) – Réalisation, Scénario et dialogues, Musique
  • 1978 : Joi Baba Felunath (Le Dieu Elephant) – Réalisation, Scénario original, Musique, Film tiré de son roman éponyme
  • 1980 : Hirak Rajar Deshe (Le Royaume des serpents) – Réalisation, Scénario TV, 2eme film de la série des Aventures de Goopy et Bagha
  • 1980 : Pikoo – Réalisation, Scénario, Court-métrage
  • 1981 : Sadgati (Délivrance) – Réalisation
  • 1984 : Ghare-Baire (La Maison du monde) – Réalisation, Scénario, Musique, D’après le roman de R.Tagore
  • 1987 : Sukumar Ray – Réalisation Documentaire
  • 1989 : Ganashatru (Un Ennemi du peuple) – Réalisatio, D’après la pièce d’Henrik Ibsen
  • 1990 : Shakha Prashakha (Les Branches de l’arbre) – Réalisation
  • 1991 : Agantuk (Le Visiteur) – Réalisation, Scénario original, Musique

Comme scénariste et compositeur

  • Baksa Badal (invité vedette), Director – Nityananda Dutta
  • Phatikchand (invité), Director – Sandip Ray
  • Satyajit Ray Presents (13 courts-métrages pour TV, histoires de Satyajit Ray), Director – Sandip Ray
  • Satyajit Ray Presents 2 (un programme TV basé sur 2 histoires longues et les aventures de Feluda de Satyajit Ray), Directeur – Sandip Ray

Comme compositeur

  • Shakespeare Wallah (invité), Director – James Ivory

Comme scénariste

  • Uttaran (Broken Journey) Directeur – Sandip Ray
  • 1995 : Target : un invité dirigé par Sandip Ray
  • 1963 : Creative Artists of India: Satyajit Ray (BD Garga pour Films Division, Inde)
  • 1968 : Creative persons: Satyajit Ray (Janes Beveridge pour W-NET Educational TV)
  • 1969 : Late night line-up: An interview with Satyajit Ray (BBC Television, GB)
  • 1978 : South Bank Show: Satyajit Ray (Melvyn Bragg pour London Weekend Television, GB)
  • 1983 : The Music of Satyajit Ray (Utpalendu Chakravarti pour NFDC, Inde)
  • 1984 : Satyajit Ray: Portrait of a Director (Zia Mohyeddin pour Central Television, GB)
  • 1984 : Satyajit Ray (Shyam Benegal pour Films Division, Inde, version longue)
  • 1988 : Omnibus: The Cinema of Satyajit Ray (Adam Low pour BBC, GB, 1 h)
  • 1990 : Satyajit Ray-Introspections (Museum of Modern Art. Une video sur Satyajit Ray et ses films)

 

Devi (1960)

Satyajit Ray’s Movie Jana Aranya # The Middleman Part 1

© Pascal Marion – 1992 & 2006

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