Gérard Gastel du Café des Arts

Le café des Arts

Gérard est tombé amoureux du Vietnam.
Cette passion l’a conduit à se marier avec une Vietnamienne et à créer
à Hanoi un restaurant consacré à l’art sous toutes ses formes.


Pouvez-vous vous présenter aux visiteurs de Terres d’Asie ?



Gérard Gastel, fondateur du Café des Arts.

Gérard Gastel, fondateur du Café des Arts.

Je m’appelle Gérard, je vis à Hanoi depuis 1997 et j’ai été victime en 1996, à l’occasion d’un voyage touristique, d’un coup de foudre à l’égard de cette ville et sûrement aussi de ses habitants, surtout les ruraux. Un bien grand changement de Paris et la France diront certains, en fait une direction différente, car je ne pense pas avoir changé ma vie, mais plutôt son système. À 14 000 km de la France, je ne m’en sens pas pourtant très éloigné, grâce à tous nos moyens de communication actuels et surtout celui qui me permet de vous répondre aujourd’hui : l’Internet.
Je suis aujourd’hui papa d’une adorable petite métisse vietnamo-française : Marie-Line qui vient d’avoir quatre ans. Sa maman est adorable, francophile, intelligente et femme d’affaires, elle est mon épouse. Une bonne différence d’âge entre nous, mais complètement effacée par tous les sentiments qui nous ont rapprochés.

Depuis quand existe le Café des Arts et qu’est-ce qui vous a amené à le créer ?

Depuis le 18 mai 1998, bientôt 5 ans ! Aujourd’hui une des bonnes adresses de Hanoi (dit-on) en cuisine très française, malgré qu’il ait ouvert en plein début de crise asiatique 97/98. Mais c’était sans compter sur la remarquable dynamique de la jeune équipe de Vietnamiens constituée à l’époque et composée essentiellement de jeunes filles courageuses, volontaires et bien sûr aussi charmantes tant en cuisine qu’au service et bien entourées de quelques jeunes gens de même qualité.

Pourquoi le Café des Arts ? Oui, un peu surprenant à l’époque, cet établissement un peu hors des sentiers battus, au nom français, une carte menu ambitieuse et surtout un thème des plus surprenant, car unique a Hanoi et peut-être au Vietnam, en tout cas dans sa vérité d’existence, faire un curieux, mais agréable mélange d’arts, celui du culinaire et celui de la tradition vietnamienne.

Mais ce sont mes amis vietnamiens pour la plupart artistes de cinéma, théâtre, peinture, théâtre traditionnel qui m’ont inspiré ce thème, thème que j’aimais déjà, même si je n’y étais pas autant impliqué que je le deviendrais ici. Après tout, l’ouverture du Café des Arts, ce ne serait pour moi (dans mon projet d’expatriation) qu’un gagne-pain, car il fallait bien en trouve un pour pouvoir vivre cette aventure au Vietnam. Je ne pouvais pas abandonner (dans mon for intérieur) une relativement bonne situation à Paris contre une aventure au Vietnam des plus aléatoires, même si j’étais tombé amoureux de ce beau pays (comme disent les milliers d’estivants que j’ai pu recevoir depuis).

La séduction vient aussi de la part de ces amis vietnamiens. Et leur rendre hommage par l’ouverture d’un Café des Arts c’était aussi pour moi une preuve d’amour envers eux. Je les avais reçus à Paris, leur avais servi de guide et ils avaient aimé la France. Et comme je suis très « cocorico », j’allais aussi les remercier en apportant mon « cocorico » et l’installer avec moi au Vietnam, mais surtout à Hanoi.

Bref (si je peux dire, mais la passion m’emporte…), la cuisine française ce n’était pas trop difficile, mais pour l’art vietnamien, c’était plus corsé, car, réunir des talents divers en musique, en peinture, en théâtre traditionnel et contemporain, en poésie, en playreading (en anglais), c’était un peu « gongle ». Eh bien ça a bien marché et surtout surpris (d’accord, d’accord, un peu surprit quand même le Gérard).

Un établissement culinaire qui créait des évènements culturels et artistiques. Et ainsi, plusieurs fois pas an nous avons organisé des soirées très traditionnelles de théâtre Cheo, de Ca Chu, des expositions avec vernissage, avons aidé de réels nouveaux talents, organisé aussi des concerts de jazz, blues, musiques breizh, irlandaise, cafés-philo avec Louis Arsac ou plutôt discussions sur Victor Hugo, Zola, etc.

La confrérie, malheureusement peut-être (mais c’est bien pour les artistes vietnamiens qui peuvent en faire un gagne-pain quand même), s’est ensuite emparée de cette idée un peu nouvelle et l’a en fait trop banalisé (enfin pour moi) jusqu’à en faire un spectacle « à l’apéritif », brrr ! Bref, c’est toujours une bonne pub pour la tradition et les artistes surtout ceux qui ont un réel talent.

Aujourd’hui on m’en redemande et pourquoi pas ? La musique et la peinture, surtout celle en laque traditionnelle vietnamienne, sont toujours présentes. Mais le Café des Arts est très pris aussi par sa petite renommée qui en fait une bonne table tant auprès des locaux que des visiteurs recommandés par d’autres déjà venus, et aussi les nombreux guidebooks qui veulent bien dire du bien du Café des Arts.

La création, d’ailleurs, du STOP-Café au rez-de-chaussée de l’immeuble répond à la demande d’une bonne table traditionnelle vietnamienne qui ne soit pas uniquement de la nourriture à touriste, mais une bonne occasion de bien manger vietnamien dans le respect des traditions familiales. Et cela, disons-le, grâce à mon épouse très fervente de bonne chère vietnamienne et bien sûr, comme nos clients, j’en profite bien plusieurs fois par semaine !

Votre clientèle est-elle française (touristes ou expatriés) ou vietnamienne ?

Non, elle est très internationale et c’est ce qui rend ma vie très plaisante ici, a Hanoi, dans ce métier, métier dont je jurais auparavant que je ne ferais jamais tant il est emprisonnant. Eh bien, j’y ai plongé avec les deux pieds en avant, eh oui ! Aujourd’hui tantôt c’est 50/50 francophones/anglophones, tantôt c’est 2/3 anglophones ou étrangers 1/3 francophones. Parfois presque toute la salle parle français, d’autres fois presque toute la salle parle anglais.

Malheureusement, la clientèle vietnamienne n’est pas encore présente sauf les Vietnamiens du Sud, plus occidentalisés peut-être, qui se rendent plus facilement dans les restos tenus par des étrangers et également les Viet Kieu qui viennent visiter leur pays d’origine.

Mais soyons patients, cela viendra de la part des gens du Nord. Ceux qui viennent déjà reviennent, car ils se sentent à l’aise chez nous. Ils sont reconnus de la même façon que les expatriés ou visiteurs étrangers. Je suis dans leur pays, ils m’ont accueilli et grâce à eux je vis une belle (parfois fatigante) aventure. Et rendez vous compte, ils m’ont même donné une épouse et une petite fille ; alors, il y a de quoi être heureux. Je dis souvent cela à ma clientèle qui je crois s’en réjouit aussi.

Alors les Vietnamiens, oui, nous sommes prêts à les recevoir et petite confidence, ils adorent l’entrecôte frites et la terrine de foie gras des Landes faite avec mes cuisiniers vietnamiens, s’il vous plaît !

Parlez-nous de la cuisine vietnamienne, la vraie ! Quel est le plat préféré de vos clients ?



Merci de poser cette question qui me ravit… JE L’ADORE ! Comme je vous le disais plus haut, la création du STOP Café répond à cette adoration en quelque sorte. Si vous le voulez bien, allez visiter le site que j’ai créé sur le STOP-Café et vous verrez en image le STOP-Café lui-même, mais aussi toute ma carte et la photo des plats et là, vous comprendrez mon adoration de cette cuisine très traditionnelle. Elle est modeste, mais subtile et très bonne parfois surprenante. Bien sûr vous n’avez pas en photo tous les plats vietnamiens, car la vocation du STOP-Café est aussi de faire plaisir à tous les estivants et maintenant de plus en plus d’expatriés travaillant ici. Mais j’ai embauché spécialement pour cette cuisine un jeune cuisinier qui a suivi une vraie école de cuisine et a fait son stage chez un vrai grand cuisinier de restaurant vietnamien. Et là cela fait la différence avec les restos à touristes qui font plus du nombre que de la qualité.

Simplement, goûter un CHA CA ou un bœuf sauté à l’ananas chez nous et vous verrez ! quand bien même vous termineriez par une crème brûlée. Mais n’est-ce pas là tout l’art du bien-manger ???

Cha ca la vong à base de poisson.

Cha ca la vong à base de poisson.

Quelles sont les impressions de deux qui viennent se restaurer au Café des Arts ? Que recherchent-ils ?

Si votre question concerne l’intérêt qu’ils manifestent a l’endroit du Café des Arts, pardon je vais être immodeste, mais ils sont d’abord surpris par le volume de la pièce, car ils lèvent tous la tête d’un air admiratif, alors que c’est de réalisation très simple et artisanale bien qu’a ma façon de voir a l’époque. Un coin chaleureux, bien « frenchy », bien tenu, mais sans luxe. Le mot qui revient : « vous avez un bel établissement » et surtout les étrangers. Peut-être imaginaient-ils un restaurant recommandé plus chic et les voilà dans un grand local finalement plus accueillant plus conforme a une ambiance de vacances, même si les tables sont dressées « à la restaurant » avec nappes, serviettes, assiettes…

Ce qu’ils recherchent, je crois qu’ils le trouvent là, a leur grande surprise, sans trop savoir ce qu’ils cherchaient ou ce qu’ils allaient trouver. Vous comprenez pourquoi j’aime ma situation et ce merveilleux contact avec les clients. C’est ma récompense d’un travail très fatigant, mais quand vous avez du monde la fatigue n’existe plus. Parlez-en à mes serveuses, elles vous diront la même chose. D’ailleurs, comme les cuisiniers, elles sont aussi responsables de la bonne réputation du Café des Arts et elles s’y adonnent tous les jours croyez-moi. En ce moment à cause de cette fichue mauvaise publicité faite par les médias et à tort, il faut le dire sur Hanoi, elles regrettent de ne pas avoir les touristes en grand nombre. Elles aiment ce contact, c’est leur métier. De vraies pros, croyez-moi encore !

Finalement, j’ai toujours à faire à des gens décontractés, car ils sont en vacances, et quant aux expatriés, ils viennent se détendre de leur journée.
Chacun finalement vient ici y chercher quelque chose, sans peut-être savoir quoi, mais en repartant toujours avec quelque chose. Je ne sais pas toujours quoi !!!

Qu’en est-il aujourd’hui de la présence de la culture française au Viêt Nam ? Comment les Vietnamiens perçoivent-ils la France ?



La culture française au Vietnam, d’abord elle est présente grâce au remarquable travail fait par l’Ambassade de France et son Alliance française, culturellement et artistiquement.

Mais elle est également présente au travers de gens passionnés comme moi qui disent (pas suffisamment a mon goût) toujours : « bonjour » en français à leurs visiteurs avant peut-être de corriger : « Hi » ou « Hello » ou « Good evening », si les visiteurs sont un peu perdus dans leur français. Mais la plupart du temps même quand ils ne parlent pas français, des gens vous répondent bonjour ou bonsoir en français et après ils vous glissent un petit : « I don’t speak French ». Mais le courant est bien passé, il ne faut pas les gêner quand même. Ils se sentent bien là où ils voulaient aller… dans un restaurant français. C’est la francophonie du Café des Arts, chacun son truc !

Que pensent les Vietnamiens de la France ? D’abord un pays où ils veulent aller, les étudiants surtout. C’est pour eux le pays de la culture de leurs grands-parents, beaucoup de vieux parlent ou se rappellent le français de langue. Sinon la France c’est un pays étranger comme les autres. Je crois aussi qu’ils méconnaissent les difficultés d’un certain nombre de Français. Mais c’est normal, la connaissance viendra avec l’information.

Cela dit ils sont surpris de lire ou entendre l’information actuellement déversée sur le dos d’Hanoi à propos de la maladie contagieuse qui est bien maîtrisée ici.

Donc comme un pays étranger, mais un pays de culture à tout point de vue de la culture. C’est une vision assez positive de leur part.

Quels sont vos projets ?



Continuer à développer l’influence du Café des Arts et de son petit frère le STOP-Café ici à Hanoi et à travers les guides.

Ma femme, qui a ouvert maintenant deux jolies boutiques de mode très parisienne, mais avec de beaux tissus d’Asie à base de soie évidemment et de lin pas loin du Café des Arts, contribue à la réputation de notre petit groupe très personnalisé ce qui fait que nos projets sont très vagues dans l’ensemble, mais précis sur des points particuliers. À nous de défendre ce qui nous à rapporter jusqu’alors, la qualité très française en culinaire, mode, organisation d’évènements, qualité croyez-moi reconnue et parfois enviée de nos amis visiteurs étrangers et bien sûr vietnamiens.

En résumé, un groupe vietnamo-français de qualité et accueillant.

Propos recueillis par Pascal Marion le 4 mars 2003 (article mis à jour le 1er février 2018).

CAFÉ DES ARTS
Café Grill et restaurant français
11 b, Ngo Bao Khanh HANOI Viêt Nam

STOP-Café
Café et restaurant
Cuisine traditionnelle vietnamienne et cuisine occidentale pour budgets modestes

www.marie-linh.com : 
1 et 74 Hang Tron Hanoi Vietnam
Mode et couture en prêt-à-porter et sur mesure. Lin. Soies et Organza de soie.

http://www.hoankiem.com : 
mon association caritative en faveur des paysannes pauvres de Tam Dao.

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