Edith Stecher de l’association humanitaire Ciao Kids

Edith Stecher est à l’initiative de Ciao Kids. L’association agit en particulier en faveur des personnes en situation de handicap, quelle que soit l’origine des déficiences dont elles sont porteuses (problèmes congénitaux ou prénataux, maladies, accidents, violence ou malnutrition).

Pouvez-vous vous présenter aux visiteurs de Terres d’Asie ?

Je m’appelle Edith Stecher, je suis originaire des Grisons, la partie la plus froide de la Suisse. En 1968, à l’âge de 20 ans j’ai quitté mes parents pour me rendre à Lausanne le canton français de Suisse. Là, j’ai travaillé jusqu’en 1997. En 1998 j’ai choisi de tout quitter, famille, situation et biens pour me consacrer corps et âme à l’humanitaire. Pourquoi en Inde ? Dieu seul le sait !

Depuis quand existe votre association et qu’est-ce qui vous a amené à la créer ?

Ciao Kids a été enregistrée à Lausanne en Suisse le 23 août 1999, ainsi que Jeevan Jyothi Trust en Inde.

J’ai découvert l’Inde en 1997 où je suis partie pour la première fois, faire une enquête sociale. Pour ce faire, j’ai fait un stage de bénévolat dans une maternité à Bangalore. En 1998, j’avais envie de faire une expérience dans un centre pour lépreux et c’est pendant ce voyage que j’ai été appelée à aider dans un orphelinat près de Mangalore où il y avait 15 bébés. C’est là que j’ai rencontré Derrick, Noël, Clara et d’autres enfants handicapés, tous encore en bas âge. Derrick, un garçonnet de 3 ans, spastique, était très négligé, je lui avais fait la promesse, sans trop savoir pourquoi, qu’un jour je reviendrais le chercher.

ès lors le projet a pris forme. Il fallait trouver un endroit, une maison ou un appartement où nous pourrions nous installer avec ces enfants handicapés dont je m’occuperai personnellement. Après trois mois, nous n’avions toujours rien trouvé, car personne ne voulait nous donner de maison pour ce genre de travail. Au bord du découragement, j’ai failli abandonner et rentrer en Europe. C’est alors que j’ai fait une rencontre décisive pour le futur de mes projets. Une femme, que je n’avais jamais vue auparavant, à qui j’avais raconté nos problèmes, m’a donné sans aucune condition, les moyens, mais surtout le courage de poursuivre mes projets et de faire construire notre foyer. C’est ainsi qu’est née l’Olivia Home. Le foyer a ouvert ses portes le 13 novembre 2000 et promesse tenue, Derrick et Noël ont été transférés à l’Olivia le 29 mars 2001.

Il existe déjà beaucoup d’associations humanitaires œuvrant en Asie. N’y a-t-il pas dispersion d’énergie ? Quelle est votre particularité ?

Oui ! Là vous avez tout à fait raison de l’évoquer. C’est justement pendant les 3 mois de recherches d’une maison à Bangalore, que nous avons découvert qu’il existait déjà plus de 1 000 institutions, orphelinats, couvents, sociétés dites « charitables Trustes » et autres foyers et annexes de maternités et écoles parrainées par l’étranger. Certaines Trustes ou Sociétés ne sont hélas, qu’une couverture. Ils ont de beaux bureaux au centre de la ville, avec du beau personnel, mais lorsqu’on veut voir les enfants ou en savoir plus sur leur travail social sur le terrain, on ne reçoit aucun renseignement. Beaucoup de religieux/ses, mais aussi des assistants sociaux, ont compris à quelle porte frapper pour obtenir de l’argent facile pour lancer des projets mirobolants. Nous en recevons en moyenne 6 par année.
Cela ne nous intéressait pas d’ouvrir un 1001e orphelinat, mais d’en trouver un avec lequel nous pouvions éventuellement nous associer, qui soit spécialisé pour des enfants handicapés en bas âge et pour des enfants malades du sida. Notre enquêta avait révélé qu’il n’existait aucune infrastructure pour cette catégorie d’enfants.

Parlez-nous du travail que vous effectuez en Inde.

Mon souci depuis que je suis en Inde a toujours été de m’intéresser exclusivement aux exclus de la société. Arrivent en tête les handicapés, surtout les enfants en bas âge, personne ne s’intéresse à eux. Ils coûtent cher, car ils doivent être médicalisés, sans garantie aucune d’être réhabilités. Par contre les personnes avec une spiritualité plus développée, savent que ces êtres sont les préférés de notre Bon Dieu et pourquoi ils sont sur cette terre.

Autres programmes de l’association :
L’enseignement. À notre arrivée, il y avait beaucoup d’enfants dans la rue, n’allant pas à l’école. Pour les petits 3, 4 et 5 ans, nous avons ouvert des écoles, avec à midi un repas chaud. Les autres ont été enregistrés à l’école. Pour une dizaine d’enfants de familles très pauvres, nous avons ouvert un pensionnat pour que leurs enfants puissent suivre un enseignement en anglais.
La formation : En général les enfants arrêtent l’école à 16 ans. Certains peuvent aller au collège, ce qui est la minorité. Ensuite pour la plupart des jeunes, les études s’arrêtent là. Depuis 1999 nous parrainons des formations : infirmières, enseignants, et nous avons même pu donner la possibilité à un étudiant d’entrer à l’Université.
Créer des emplois : le foyer l’Olivia emploie entre 7 et 10 jeunes femmes, toutes viennent de la région. Elles sont formées chez nous. Le salaire est parfois la seule rentrée d’argent pour entretenir la famille.
Puis un autre fléau, le sida ; s’il ne fait pas encore parler de lui en Inde, ça ne saurait tarder. Les malades décèdent très vite sans avoir eu le temps d’avoir été déclarés ou recensés.

La particularité de notre association est de se lancer dans des projets à risque que personne ne veut tenter !

Combien de membres et de parrains avez-vous ? Viennent-ils principalement de Suisse ?

C’est avec quelques amis et connaissances, surtout de Suisse, que j’ai démarré certains projets. Puis de bouche à oreille ou à la suite de la visite sur le site de l’association que des visiteurs désirent parrainer des enfants ou nous faire des dons. Actuellement, nous avons une centaine de donateurs plus ou moins réguliers. Il y a de plus en plus de Français qui s’intéressent à notre travail, mais aussi des Allemands qui parrainent quelques enfants du village.

Quelle aide attendez-vous des personnes, adhérentes ou non ?

L’association a surtout besoin de nouveaux adhérents et de parrains/marraines pour les enfants scolarisés. Il y a deux ans, un jeune docteur s’est installé au village. Depuis cette année il fait partie de notre association et nous travaillons ensemble. Pour l’instant, il a installé son cabinet dans un genre de maison/hutte et comme presque tous les soins sont gratuits il n’a pas de revenus réguliers. Il a surtout besoin d’acheter du matériel médical récent.
Par exemple, il n’a pas d’armoire, pas de lit, pas de table, rien que le strict minimum, emprunté ici et là. Pour ses visites à domicile, il aurait besoin d’un vélomoteur, mais nous n’avons pas les moyens de le lui acheter.

Quels sont vos moyens actuels et vos besoins, sachant que l’humanitaire demande beaucoup de dévouement et d’investissement ?

Nos moyens sont modestes (environ 30 000 CHF, ± 20 500 euros, par année). C’est d’après ces moyens que nous devons organiser le foyer, les 4 écoles, le pensionnat, plus de 225 bouches à nourrir chaque jour, les parrainages la santé et bien d’autres aides.

Travaillez-vous en partenariat avec d’autres associations humanitaires ?

C’était depuis le début mon rêve de fusionner avec une, voire plusieurs associations, pour en faire une plus grande et d’œuvrer ensemble dans un même but. Humanitaire peut-être, mais solidarité on oublie ! Il y a trop d’argent et de profits en jeu, surtout chez les ONG de taille.

Quels sont vos projets ?

Avoir les moyens d’aider plus d’enfants à aller à l’école et à étudier. C’est capital dans les régions rurales de l’Inde. Donner la possibilité aux jeunes d’apprendre un métier qui leur permettra d’y vivre. Pouvoir acheter des vélos pour ceux qui doivent marcher pendant plus d’une heure par trajet pour se rendre à l’école.

Propos recueillis par Pascal Marion le 24 janvier 2003.

Ciao Kids :
Personnes de contact
Suisse Française : Véronique Jaquerod
Laliforcha 1372 BAVOIS-VD

Secrétariat principal : Karin Isler
Gladbachstrasse 368006 Zürich

Inde : Edith Stecher
Olivia Home
T.G.Doddi-Jageri,
Sathegal P.O. 571 498
C.R Nagar Dist.
Kollegal Taluk
Karnataka – India.

Inde : Edith Stecher
Olivia Home
T.G.Doddi-Jageri,
Sathegal P.O. 571 498
C.R Nagar Dist.
Kollegal Taluk
Karnataka – India.

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