Le Kali Youga et notre société moderne

Les Pourânas, textes sacrés de l’Inde ancienne, décrivent avec précisions le Kali Youga, le cycle de la décadence de la société humaine. [1]

Kali

Kali brandissant un sabre (1912)

« René Guénon, exposant la tradition hindoue, nous apprend que le déroulement des cycles n’est pas livré au hasard, mais obéit à des lois immuables : “La doctrine hindoue enseigne que la durée d’un cycle humain, auquel elle donne le nom de ‘Manvatar’, se divise en quatre âges qui marquent autant de phases d’un obscurcissement graduel de la spiritualité primordiale. Ce sont ces mêmes périodes que les traditions de l’antiquité occidentale, de leur côté, désignaient comme les âges d’or, d’argent, d’airain et de fer. Nous sommes présentement dans le quatrième âge, le ‘Kali-Youga’ ou âge sombre, et nous y sommes, dit-on, depuis déjà plus de 6 000 ans, c’est-à-dire depuis une époque bien antérieure à toutes celles qu’a connues l’histoire ‘classique’.
Depuis lors, les vérités qui étaient autrefois accessibles à l’homme sont devenues de plus en plus cachées et difficiles à atteindre ; ceux qui les possèdent sont de moins en moins nombreux, et, si le trésor de sagesse ‘non humaine’, antérieur à tous les âges, ne peut jamais se perdre, il s’enveloppe de voiles de plus en plus impénétrables, qui le dissimulent aux regards et sous lesquels il est extrêmement difficile de le découvrir. C’est pourquoi il est partout question, sous des symboles divers, de quelque chose qui a été perdu (…) et que doivent retrouver ceux qui aspirent à la véritable connaissance. Mais il est dit aussi que ce qui est ainsi caché redeviendra visible à la fin du cycle, qui sera en même temps, en vertu de la continuité qui relie toute chose entre elles, le commencement d’un cycle nouveau.” [2]

Et plus loin :

“Le développement de toute manifestation implique nécessairement un éloignement de plus en plus grand du principe dont elle procède.” C’est la chute vers le bas (ou matérialisation) sous l’attraction de la pesanteur, avec une vitesse sans cesse croissante jusqu’à la rencontre du point d’arrêt.

Bien sûr, au cours de cette chute, des moments de redressement temporaires peuvent se produire, sous l’influence de “descentes” du Principe divin dans le monde manifesté : descente que les hindous décrivent comme des “avatars”, c’est-à-dire des incarnations du dieu Vishnou. (…) Notre Moyen-Age occidental fut l’un de ces redressements, où un certain ordre traditionnel à base religieuse fut rétabli après la chute de l’Empire romain et le chaos qui suivit. Ce fut le christianisme qui accomplit cette transformation. Mais, après dix siècles, où progressivement fut établie une certaine stabilité par cette “civilisation chrétienne”, le barrage fut de nouveau rompu au XIVe siècle (…) pour donner issue à un flot inendigable qui devait submerger d’abord l’Occident, puis le monde entier, pour aboutir à cette extrême fin des temps où notre humanité du dernier tiers du XXe siècle se débat convulsivement, et qui correspond à la fin du dernier âge, le “Kali-Youga”.

En effet, selon A. Daniélou, “Le crépuscule du Kali-Youga aurait commencé en 1939 de notre ère, au mois de mai. La catastrophe finale aura lieu durant ce crépuscule.” [3] Or, il est étonnant de constater que ce crépuscule est prédit dans des images d’une grande précision par les textes sacrés hindous que sont les Pourâna, dont la rédaction semble remonter autour du quatrième siècle après J.-C., mais dont le contenu a été élaboré dans des temps beaucoup plus reculés. D’après ces textes : “La période qui doit détruire l’espèce actuelle des humains est marquée par des désordres qui sont les signes annonciateurs de la fin […]. Shiva ne peut détruire que les sociétés qui se sont éloignées de leur rôle, qui ont transgressé la loi naturelle. Selon la théorie des cycles […] nous approchons aujourd’hui de la fin du Kali-Youga, l’âge de conflits, des guerres, des génocides, des malversations, des systèmes philosophiques et sociaux aberrants, du développement maléfique du savoir qui tombe dans des mains irresponsables. Les races, les castes se mélangent. Tout tend à se niveler et le nivellement, dans tous les domaines est prélude à la mort” écrit A. Daniélou [4], qui cite des passages de ces Pourâna où sont décrits les signes annonciateurs de la fin des temps.

Ainsi dans le Linga-Pourâna, chapitre 40 : “Ce sont les plus bas instincts qui stimulent les hommes du Kali-Youga. Ils choisissent de préférence les idées fausses. Ils n’hésitent pas à persécuter les sages […]… Il y aura de graves sécheresses. Les différentes régions des pays s’opposent les unes aux autres. Les livres sacrés ne sont plus respectés. Les hommes seront sans morale, irritables et sectaires. Dans l’âge de Kali se répandent de fausses doctrines et des écrits trompeurs. Les gens ont peur, car ils négligent les règles enseignées par les sages et n’accomplissent plus correctement les rites. Beaucoup périront. Le nombre des princes et agriculteurs décline graduellement […]. La plupart des nouveaux chefs sont d’origine ouvrière, ils pourchassent les prêtres et les tenants du savoir. On tuera les fœtus dans le ventre de leur mère et on assassinera les héros. Les Shoudra (ouvriers) prétendront se comporter comme des brahmanes et les prêtres comme des ouvriers […] Nombreuses seront les femmes qui auront des rapports avec plusieurs hommes […] Des hommes vils qui auront acquis un certain savoir (sans avoir les vertus nécessaires à son usage) seront honorés comme des sages […] Il y aura beaucoup de personnes déplacées, errant d’un pays à l’autre […] De la nourriture déjà cuite sera mise en vente. Les livres sacrés seront vendus aux coins des rues […] Il y aura beaucoup de mendiants et de sans-travail. Tout le monde emploiera des mots durs et grossiers. On ne pourra se fier à personne. Les gens seront envieux […] Beaucoup d’individus seront perfides, lubriques, vils et risque-tout. Ils porteront des cheveux en désordre […] Des aventuriers prendront l’apparence de moines avec la tête rasée et des vêtements orangés, des chapelets autour du cou […] Des gens affligés par la faim et la peur se réfugieront dans des “abris souterrains” […] Les hommes n’utiliseront plus de monnaie, ils seront malades et connaîtront le désespoir.”

Et, d’après le Vishnou Pourâna (livre VI, § 1) “Des gens non qualifiés passeront pour experts en matière de morale et de religion […] Les agriculteurs abandonneront leurs travaux de labours et de moissons pour devenir des ouvriers non spécialisés et prendront les mœurs des hors-caste. Beaucoup seront sans travail, vivant comme des miséreux […] L’eau manquera et, dans beaucoup de régions, on regardera le ciel avec l’espoir d’une averse. Les pluies manqueront, les champs deviendront stériles, les fruits n’auront plus de saveur […] Les hommes de peu d’intelligence, influencés par des théories aberrantes, vivront dans l’erreur. Ils demanderont : à quoi bon ces dieux, ces prêtres, ces livres saints, ces ablutions ? » [5]

La plupart de ces descriptions, de nature à horrifier les hommes de n’importe quelle société traditionnelle, nous semblent tout à fait banales puisqu’elles ne font que décrire ce qui est devenu la norme de notre société moderne. Pour les voyants qui ont élaboré ces textes sacrés, l’établissement de ces normes dans une société ne pouvait être que le signe annonçant l’extrême imminence de la destruction de l’humanité. Il y a donc, entre ces textes hindous et l’Apocalypse, une remarquable concordance. »
[1] L’Apocalypse de Jean – Un message pour notre temps p. 21 à 24, “Question de / Albin Michel”
[2] – René Guénon, La crise du monde moderne, p. 16, éd. Gallimard, collection “Idées”
[3] Alain Daniélou, La fantaisie des dieux et l’aventure humaine, p. 18, éd. du Rocher, 1983
[4] idem, p. 29
[5] idem, p. 23 à 33


The Vishnu Purana (translated by Horace Hayman Wilson)

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