Beaumont de Freelang

Un travail en Asie et le hasard qui intervient, Beaumont a créé un site proposant des ressources linguistiques. La passion et le bénévolat dédiés à ceux qui recherchent une aide ou des informations dans le domaine des langues.

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Pouvez-vous vous présenter aux visiteurs de Terres d’Asie ?

Je suis le webmaster de Freelang, un site existant depuis 1997 et mettant à disposition des ressources gratuites dans le domaine des langues. J’ai 30 ans et j’habite maintenant à Bangkok, après avoir passé trois ans à Vientiane, au Laos, au sein du service culturel de l’ambassade de France. Beaumont est mon pseudo sur Internet.

D’où vient cette passion pour les langues ? Êtes-vous polyglotte ?

J’ai toujours aimé les langues, mais sans jamais penser en faire mon métier ni même un loisir. Et puis j’ai découvert le FLE (l’enseignement du français à l’étranger), et je me suis réorienté à l’université (je faisais de la gestion des ressources humaines) pour finalement passer une licence d’anglais, une licence de sciences du langage et une maîtrise FLE. J’ai enseigné au Laos, où j’ai appris le lao, et comme je suis maintenant en Thaïlande, je me suis mis au thaï. J’aime les langues quand elles sont nécessaires : au Laos, très peu de gens parlent anglais ou français, et connaître la langue est une nécessité. Ça devient donc un jeu, un challenge. En Thaïlande, les Thaï sont toujours agréablement surpris qu’un étranger connaisse leur langue, et parfois cela permet de les comprendre sans qu’ils s’en doutent ! La dimension ludique, d’une manière générale, est très importante pour moi.

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Moines bouddhistes à Vientiane (Laos).

Vous avez donc un site consacré aux langues, Freelang. Qu’est-ce qui vous amené à le créer ?

Le hasard ! L’un de mes amis m’a un jour envoyé par courriel un dictionnaire anglais-français pour Windows. J’ai contacté les auteurs, car ils recherchaient quelqu’un pour traduire l’interface en français, et ils m’ont ensuite proposé de réaliser une page web pour distribuer cette version française. C’était pour moi l’occasion d’apprendre à faire un site, et très vite il s’est développé : de nouvelles listes de mots grâce à des contributions d’auteur, le service d’aide à la traduction… Freelang était né.

Quelles ressources trouve-t-on sur Freelang ? Comment pouvez-vous les proposer gratuitement ?

On trouve des dictionnaires bilingues gratuits à télécharger (que l’on peut enrichir soi-même si on le souhaite), un service d’aide à la traduction animé par des traducteurs bénévoles, des polices de caractères, un forum, un chat… Il y a également une partie « magazine » qui propose des quizz, des interviews (!), des dossiers informatiques, etc. Concernant la traduction, qui reste le cœur de notre activité, notre point de vue est simple : d’une part nous ne croyons pas en la traduction automatique, et d’autre part la plupart des dictionnaires sur Internet sont seulement disponibles en ligne (il faut être connecté et on ne peut que rechercher un mot). L’originalité de Freelang est donc non seulement de proposer des dictionnaires à télécharger, qui donnent un accès complet à toute la liste de mots, mais aussi de résoudre les problèmes de traduction grâce à l’intervention de personnes et non de logiciels.


Les ressources sont gratuites, car Freelang fonctionne uniquement grâce à des contributions bénévoles. Qu’il s’agisse des auteurs des dictionnaires ou des traducteurs intervenant au sein du service d’aide ou sur le forum, tout le monde contribue dans un esprit de partage. Je profite d’ailleurs de cet espace pour remercier chaleureusement toutes les personnes qui participent à l’élaboration des dictionnaires, au service d’aide à la traduction et à la vie du site. Il y a également un investissement financier personnel, en partie remboursé par la présence de publicité. Les frais sont supportables, mais non négligeables, ils concernent surtout l’hébergement, la sous-traitance de certaines parties techniques et la résolution de problèmes juridiques. Ça ne coûte pas plus cher que de pratiquer un sport ou d’entretenir un véhicule, mais ce n’est pas gratuit non plus, comme beaucoup de gens le pensent.

Que recherchent les Internautes en priorité ? Ont-ils un profil particulier ?

La plupart du temps, les internautes arrivent sur le site avec un problème immédiat de traduction. Certains choisissent de le résoudre en téléchargeant un dictionnaire, d’autres font appel à nos traducteurs bénévoles, certains enfin se tournent vers notre forum ou notre chat. Les gens veulent un résultat immédiat et sont souvent très pressés. Quant aux profils, ils sont assez variés, puisque tout le monde peut se retrouver confronté à l’usage d’une langue étrangère, que ce soit par nécessité (à l’école, au travail…), par hasard ou par choix, et à tout âge.

Quelles sont les langues les plus demandées ?

L’anglais, l’espagnol, l’allemand, l’italien… Le latin revient aussi souvent dans les traductions. Mais nous sommes aussi très fiers et très heureux de proposer des dictionnaires et une aide pour des langues plus rares ou des langues régionales : cela intéresse moins de gens, mais ceux qui recherchent des ressources dans ces langues sont d’autant plus heureux de les trouver.

Qu’en est-il des langues asiatiques ?

Les langues les mieux représentées sur Freelang restent les langues européennes. Pour ce qui est des langues asiatiques, nous sommes confrontés à un problème de caractères, car le programme ne reconnaît pas encore l’Unicode, qui permet d’afficher les caractères thaï, chinois, etc. On peut utiliser certaines polices de caractères, mais c’est assez compliqué à mettre en œuvre et impossible pour des langues comme le chinois. Nous travaillons actuellement sur une version Unicode du programme, le problème devrait donc être bientôt réglé. Ceci étant, nous avons un excellent dictionnaire de japonais (romanisé), qui, je crois, est une référence sur Internet (je salue son auteur, Michel De Rudder). Pour ma part j’ai réalisé un petit lexique de lao (romanisé et en caractères lao), et je travaille actuellement sur un lexique de thaï. Je rêve de pouvoir proposer des dictionnaires de coréen, de khmer, de birman… de chinois, bien sûr, et j’aimerais que soient enrichis les dictionnaires de vietnamien, malais, tagalog… Peut-être que parmi les lecteurs de votre site certains voudront s’atteler à la tâche ou nous communiquer une liste de mots déjà existante !? 🙂

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Bangkok (Thaïlande).

Quel conseil pouvez-vous donner à une personne qui veut se lancer sérieusement dans l’étude d’une langue ?

Pour moi l’étude d’une langue est indissociable du voyage et des rencontres, je ne conçois pas qu’on puisse étudier une langue étrangère sans se rendre dans le pays ou sans fréquenter ses locuteurs natifs. Je conseillerais donc aux gens de faire un maximum de rencontres et de se confronter à des situations réelles et concrètes. S’il s’agit d’une langue asiatique ayant un alphabet spécifique, je conseillerais également de ne pas faire l’impasse sur l’écrit. Je connais des personnes qui sont en Thaïlande depuis des années, qui parlent le thaï, mais qui n’ont jamais appris à le lire, se privant ainsi d’un pan important de la langue et de la culture thaï.

Les ressources proposées concernent en grande partie le monde Windows. Le débat PC-Mac étant loin d’être clos, que peuvent faire ceux qui possèdent Mac OS ? Avez-vous l’intention de proposer ces mêmes ressources pour ce système ?

Tout d’abord, je précise que seuls les dictionnaires à télécharger nécessitent Windows. Tous les autres services sont indépendants du système d’exploitation utilisé. Pour ce qui est des Mac, il faut bien comprendre que Freelang est une page personnelle et que nous ne pouvons pas répondre à toutes les demandes (il y a aussi des demandes pour Linux, Palm, etc.). Des solutions seront bientôt proposées, nous y travaillons.

Quels sont vos projets ?

Nous sommes actuellement en train de développer une nouvelle version du dictionnaire. Lorsque la version Windows sera au point, nous prévoyons d’effectuer un portage vers Linux, et pourquoi pas ensuite vers d’autres plates-formes. Il est aussi prévu de rendre tous les dictionnaires disponibles « online », c’est-à-dire sans télécharger de programme. Bien entendu les dictionnaires à télécharger ne disparaîtront pas, les dictionnaires online seront là en complément. Je souhaiterais également donner un peu plus de vie à la version anglaise du site (http://www.freelang.net), en introduisant une partie « magazine » et une base de liens, sur le modèle de la version française. Enfin, je souhaiterais que le tout jeune forum que nous avons consacré au voyage (http://forum.lokanova.net/viewforum.php?f=21) se développe davantage. J’en profite donc pour faire un peu de pub : nous avons de nombreux volontaires prêts à vous aider, donc n’hésitez pas à venir poser vos questions. 🙂

Propos recueillis par Pascal Marion (8 janvier 2004).


=F=R=E=E=L=A=N=G= Ressources gratuites pour les langues étrangères : – 165 dictionnaires gratuits à télécharger – un service d’aide à la traduction – des polices de caractères – des outils de recherche
http://www.freelang.com – beaumont@freelang.com

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