Rencontre avec une iconographe d’origine libanaise

Les icônes font intégralement partie de l’Église orthodoxe, mais également des Églises catholiques orientales (copte, syriaque occidental, maronite, syriaque oriental, byzantin, arménien, guèze). Terres d’Asie s’est entretenu avec Dina Babouder, une iconographe d’origine libanaise.

Peux-tu te présenter ?

Je suis archiviste à temps plein, iconographe à temps partiel. Libanaise de cœur, Canadienne d’esprit, animée par le monde entier.

Quel est ton parcours ?

L’Université Saint-Esprit à Kaslik (USEK).

Dina Babouder.

Dina Babouder.

Je suis titulaire d’un baccalauréat en arts sacrés de l’Université Saint-Esprit à Kaslik (USEK) au Liban depuis 2000. Je me suis spécialisée en iconographie.

J’ai suivi des ateliers à Rhode Island (États-Unis) et à Montréal (Canada) pour apprendre le style de diverses écoles : copte, byzantine et russe. J’ai également donné des ateliers d’iconographie.

Je continue à écrire des icônes à temps partiel, soit pour une commande, soit pour mon propre plaisir, ou encore pour essayer de nouveaux styles et médiums et forger mon propre style (même si cela pourrait déplaire aux puristes).

En parallèle, j’ai continué mes études à Montréal et je suis titulaire d’un baccalauréat en traduction et d’une maîtrise en sciences de l’information de l’Université de Montréal et je travaille comme archiviste.

Qu’est-ce qui t’a amené à étudier la peinture ? Pourquoi les icônes ?

C’était un déclic que j’ai eu quand j’ai vu le programme en Arts sacrés qui se donnait à l’USEK. C’est ce que je voulais apprendre à faire, au grand désespoir de mes parents. Je crois que c’est l’ancienneté de cet art et son caractère sacré qui m’ont attirée. C’est l’expression de ce qui guide un peuple : leurs amours, leurs peurs… Les saintes images parlent et décrivent la mentalité et les traditions des époques. Les icônes sont intemporelles, il est possible de retrouver sur une même planche des saints appartenant à différents siècles. Elles ne sont pas tridimensionnelles et ne suivent pas les bases du dessin traditionnel. La sainte ou le saint représenté est d’habitude plus grand que le reste des personnages, lui donnant ainsi de la valeur et de l’importance. Chaque détail a une signification, rien n’est peint sans raison, même les pierres précieuses que nous trouvons sur certaines icônes ont un sens : certaines expriment des vœux faits par la personne offrant l’icône à une église, par exemple.

L’iconographie est un art qui vient de la profondeur de l’âme et du cœur des peuples. Elles expriment leurs émotions, leurs cris de douleurs, leur espoir de guérison, leur dévotion… À la base, elles étaient un outil servant à l’apprentissage de la religion aux personnes qui ne pouvaient pas lire (d’où l’expression « écrire une icône »). Je trouve que c’est merveilleux. Écrire une icône c’est faire de la méditation, c’est ressentir sérénité et bien-être. À plusieurs reprises, l’écriture m’a permis de me relever de situations difficiles, de m’apaiser, de canaliser tristesse et douleur. Voilà pourquoi je continue d’en écrire…

Qu’est-ce qui distingue les différents types d’icônes ? Se rejoignent-elles parfois ?

Il existe de nombreuses écoles qui ont toutes leur style. Par exemple, les personnages représentés sur les icônes de l’école copte sont petits de taille et ont la couleur de la peau foncée, contrairement aux personnages sur les icônes russes qui sont grands de taille et ont la peau claire. Ces caractéristiques sont celles du peuple copte et russe. Les icônes byzantines sont sobres et foncées alors que les icônes russes ont des couleurs plus chatoyantes et des motifs décoratifs. Mais les icônes doivent toutes respecter certains canons et c’est dans ce sens-ci qu’elles se rejoignent. Elles reflètent la vie d’un saint ou une scène qui a été décrite dans la Bible, ou les apocryphes… Il est donc impossible de représenter un événement qui n’a pas eu lieu par exemple. D’ailleurs, les couleurs ayant toutes une signification, il ne convient pas d’habiller un humble être humain de rouge, le rouge étant la couleur de la royauté et donc du Christ, de la Vierge, voire même de certains saints, mais plutôt de couleurs terres (terre d’ombre, terre de Sienne, ocre, etc.).

Pratiques-tu d’autres styles artistiques ?

Je fais un peu d’acrylique et de la calligraphie arabe. Je peins des icônes sur du vélin et du parchemin, des œufs, etc.

As-tu exposé tes œuvres ?

Oui, j’ai exposé avec d’autres artistes dans des expositions organisées par des églises.

Tu es entre deux cultures, orientale et occidentale. Qu’est que cela t’apporte du point de vue artistique ?

En fait, c’est plus une addition de deux cultures. Le style de diverses époques et cultures a marqué et marque toujours mes peintures. Par exemple, j’aime ajouter une petite dentelle à l’habit de la Vierge Marie, rendant ainsi plus doux le vêtement qu’elle portait. Il est de mon avis d’approcher ces saints personnages des Hommes que nous sommes pour qu’on puisse s’y retrouver. Moi, par exemple, la vierge que je peins a certains traits que j’emprunte à ma mère, inconsciemment.

J’aime peindre sur du vélin, car cela apporte une ancienneté et un style particulier à l’icône. C’est la même raison pour laquelle j’ajoute parfois des enluminures. Mes icônes reflètent donc un mélange entre un esprit conventionnel et des touches appartenant à un autre art, à une autre époque.

Y a-t-il un pays et un artiste qui t’ont influencée ?

Il n’y a pas de pays en particulier qui m’a influencée. Je dirai l’Europe surtout. J’aime beaucoup le style de Gustav Klimt et je compte intégrer un peu de ce style dans mes peintures.

As-tu gardé des contacts avec le Liban ?

Grâce aux médias sociaux, je suis en contact avec une amie du Liban. Sinon, non. Je lui en veux d’avoir toujours été en guerre.

Un projet que tu aimerais concrétiser.

Oh, plusieurs ! Entre autres : faire une exposition spéciale, qui sort de l’ordinaire (je n’en dirai pas plus).

Entretien réalisé par Pascal Marion le 11 septembre 2017

Les droits des œuvres présentées appartiennent à Dina Babouder.

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